Francis-Olivier Brunet

La diagonale du corps

Les figurations du corps dans l’art du XXème et du XXIème siècle sont multiples. Si la modernité a remis en cause toute idée de beauté, de vraisemblance et de proportion, le corps aujourd’hui à l’age de sa réalité biologique et de son émancipation culturelle est dans l’art défiguré, fragmenté, hybridé…S’affranchissant même de la représentation, il se donne à voir comme présence, trace tangible du corps de l’artiste à l’œuvre, jusqu’aux extrêmes de l’art corporel où l’artiste met en jeu son propre corps.

Mettre le corps en gloire n’est pas une entreprise nouvelle pour Francis-Olivier Brunet. Sa démarche est aujourd’hui, plus complexe car elle présente l’image du corps résistant aux archétypes. Dans ses peintures, les corps se révèlent comme des pulsions lointaines venues des commencements. Ces corps sont signifiés par une sûreté gestuelle, des couleurs réduites presque monochromes et des matières qui se superposent. Ces corps isolés sur des fonds le plus souvent noirs révoquent toute spatialité et soulignent cette volonté de l’artiste de conquérir la substance même du corps. Ni idéal, ni nécessairement incarné, ni sexué, ce corps-là, naît des profondeurs de la mémoire. Il est un corps intérieur. Il est  identité.
Parfois le mouvement du corps est aussi celui du pinceau, la couleur est comme une tache et un rehaut souligne la vitesse de la ligne. Le corps suggéré devient trace.
Mais son immatérialité n’est que passagère, lorsque la chair reprend le dessus et que le peintre opte pour une syntaxe érotique. Il multiplie alors les points de vue. Les corps s’assemblent ou deviennent fragmentaires. En associant côte à côte le masculin et le féminin, ces corps se déploient ou ne font qu’un. L’acte érotique donne une issue figurative aux jeux de la chair jusque dans le regard des acteurs qui parfois interpelle même le spectateur.

Ainsi comprendre la diagonale du corps chez Francis–Olivier Brunet, c’est mettre en relation ces figures, ces créatures d’un entre-deux imitant l’humain. C’est aussi, dans cette tension des formes, lire le corps comme un réservoir d’émotions, qui porte à la fois la violence des solitudes et l’impatience du désir. Plus que jamais Francis-Olivier Brunet dit le corps, le conjugue seul. Il produit une image qui suggère la mise en miroir de la condition humaine./ Véronique Philippe-Gache

La diagonale du corps

Au cœur des peintures de Francis-Olivier Brunet, la figure humaine est tour à tour l’expression de passions diverses, d’intimité, d’érotisme ou de spiritualité.

Telles des présences fantomatiques, les personnages de Francis-Olivier Brunet émergent d’une matière picturale fluide et sensuelle. Constituée principalement de gouache noire, la peinture devient une sorte de magma primordial qui façonne, donne vie à ces corps, avant de les noyer à nouveau dans des profondeurs obscures. Ce mouvement perpétuel anime les surfaces, auxquelles l’artiste inclut parfois des morceaux de papier de soie ou des fragments de sa palette. A l’aide de ces éléments, issus de l’environnement de l’atelier, Francis-Olivier crée une perspective factice entre espace pictural et objet réel, en tendant au spectateur des signes tangibles. Mais on ne les distingue pas du premier coup d’œil, car on reste d’abord fasciné par la délicatesse des traits des visages « souvent réalisé avec une rigueur très académique » avec des regards qui sondent le visiteur ou au contraire se perdent dans une vague rêverie mélancolique. C’est le cas notamment pour la série des portraits « Tête poussière », qui revisitent la tradition classique en lui conférant une identité contemporaine très intéressante.

L’érotisme est une thématique nouvellement abordée dans le travail du peintre. Suggéré par des poses pudiques ou évoqué de manière plus crue, ce thème est prétexte à raconter le corps, à travers un discours où la peinture garde le premier rôle. Est-ce le noir-blanc ou l’infinie subtilité des transparences, la chair n’est jamais vulgaire sous le pinceau de l’artiste. Elle est l’essence même de l’incarnation de l’esprit, fugitive apparition au sein d’une matière évanescente. /Nicole Kunz